Non datée

« Non datée » [source : BnF, Mss, NAF 16323, f. 185-186], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10954, page consultée le 09 août 2026.

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Mon cher bien-aimé, tu sais si je désire te voir, tu sais si je t’aime, tu sais si j’ai besoin de ta chère petite personne. Eh bien ! il se mêle à toutes ces impatiences, à tout cet amour, une inquiétude réelle sur l’issue de l’affaire en question. Tu ne peux pas m’empêcher de m’intéresser plus que toi-même à tout ce qui te touche, quoi que ce soit. Aussi, je brûle de connaître le résultat de la négociation1. Ah, quelle stupide vieillea femme ! Quelle affreuse ronce qui est venue se jeter à travers toutes les jambes sans en excepter les miennes 11. Encore, si je pouvais t’être bonne à quelque chose dans cette circonstance, mais non. Je ne peux rien. Te nuire peut-être. Mon Dieu ! mon Dieu ! mon Dieu ! Cette vieilleb magote en forme de pot est vraiment par trop impudente et mérite bien tout les châtimentsc qu’on lui infligera.
Tout ce que je dis là et rien, c’est la même chose. Je sens bien qu’il faudrait un autre dénouement à la comédie qui se joue, que de l’indignation contre une vieilled femme tombée dans le plus stupide crétinisme. Mais que faire ? Moi, je ne peux pas même te conseiller et pour cause ! Et en supposant que la nécessité de jouer ta pièce tout de suite et que le dénuement complet d’actrice te fasse songer à moi, il est certain que je suis incapable de jouer aucun des deux rôles, même celui de Catarina. Ce rôle ne serait plus seulement un mur haut de 50 pieds qu’il faudrait que je surmonte à force de bras. Les répétitions de Mme Dorval l’ont hérissée de difficultésf qui sont autant de morceaux de verres cassés qui me le rendent infranchissable. Voilà ma pensée.
Depuis quelques jours, je deviens si causeuse dans mes lettres qu’il ne me reste [Plusieurs mots illisibles.]. Je t’aime. Tout ce que je t’écris, n’importe quoi, veut dire je t’aime.


Notes

1 Lors des répétitions d’Angelo, de nombreuses querelles entre les deux rôles féminins, Mlle Mars et Marie Dorval, perturbèrent le bon déroulement de la préparation de la pièce. La « vieille femme » dont parle Juliette est Mlle Mars. Alors âgée de cinquante-six ans, elle préféra choisir le rôle de la Tisbe plutôt que de le laisser à Marie Dorval à qui il aurait parfaitement convenu. Il est donc possible que ces « négociations » fassent références à l’épisode du choix du rôle par Mlle Mars. Cela pourrait également faire référence aux demandes de Mlle Mars de raccourcir le rôle de Mme Dorval.

Notes manuscriptologiques

a « vielle ».

b « vielle ».

c « châtimens ».

d « vielle ».

e « hérissées ».

f « difficultées ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.

  • 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
  • 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
  • 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
  • 17 octobreLes Chants du crépuscule.
  • 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.